C'est le coeur qui lâche en dernier

C’est le coeur qui lâche en dernier – Margaret Atwood

Il y a des livres dont l’écriture vous interroge profondément sur notre société, nos croyances, nos fonctionnements. Qui font vaciller votre routine et vos habitudes, les confrontant aux notions de bien et de mal. C’est le coeur qui lâche en dernier en fait partie.

Margaret Atwood avait déjà impacté nos esprits avec « La Servante écarlate ». C’est partie remise avec cet ouvrage, qui ne lâche rien au premier et interroge à nouveau les principes mêmes de notre société.

Stan et Charmaine ont tout du couple parfait. Amoureux fous, jeunes, beaux, ils incarnent l’idéal américain. Et lorsque les Etats-Unis plongent dans la crise économique, ils coulent également, vivant dans leur voiture, accumulant les petits boulots. Evidemment, le torchon brûle entre eux, ça les réchauffe un peu le soir, lorsqu’ils n’ont plus assez d’essence pour faire tourner le chauffage de leur voiture.

Alors quand on leur propose d’intégrer un programme pilote qui satisfera à tous leurs besoins matériels, pourquoi se poseraient-ils la moindre question? D’autant plus que celui-ci a également une vocation sociale importante : la réinsertion des criminels.

Consilience, petit nom de ce programme, assure le meilleur des deux mondes : durant un mois, Stan et Charmaine seront nourris, logés et blanchis dans une de ces petites rues de banlieue adorable qui composent Consilience. Le mois suivant, ils intègreront la prison du programme, vaquant aux tâches communes. Une seule règle pour préserver l’équilibre : ne jamais entrer en contact avec les autres, les alternants, ceux qui habitent leur maison un mois sur deux. Mais quand la passion et la folie s’en mêlent…

C'est le coeur qui lâche en premier / Margaret Atwood

Margaret Atwood manie le scalpel de l’écriture de la façon la plus précise qui soit. Disséquant notre société, notre morale, nos valeurs, elle expose leurs entrailles au grand jour, révélant ce qui est pourri, sombre, caché. D’un léger glissement de réalité, elle nous confronte à la superficialité de notre fonctionnement collectif, à l’éphémère de nos bonnes intentions.

Entre robots sexuels, amour romantique et Elvis de pacotille, elle se rit de nos travers, bienveillante jusque dans le sarcasme. C’est le coeur qui lâche en dernier est la chronique acide et sans dentelle de ce qui crée nos groupes sociaux : l’appartenance, l’apparence, la morale.

A l’instar de Robert Merle dans La mort est mon métier, Margaret Atwood nous rappelle que l’horreur n’est pas le fait de monstres inhumains, mais bien d’hommes. Comme vous et moi. Il s’agit certainement du point le plus douloureux de cet ouvrage : la cruauté n’est pas une entité étrangère, mais bien présente en chacun de nous, elle s’exprimera différemment en conditions extrêmes. Quant au libre arbitre, qu’en fait-on lorsqu’il est plus facile de se conformer, de plier, de se laisser faire? Vaut-il toujours la peine que l’on se batte pour lui?

Il ne faudrait pas non plus oublier cette douce folie qui imprègne chaque page, passant de l’absurdité la plus joyeuse aux larmes d’une situation totalement folles. Entre Orwell et Black Mirror, Margaret Atwood se place une fois de plus dans le panthéon de ces auteurs dont le talent n’en finit pas d’interroger notre société.

C’est le coeur qui lâche en dernier – Margaret Atwood – Editions 10/18- 465 pages.

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