La salle de bal, Anna Hope

Une extraordinaire découverte de cette rentrée littéraire 2017 !

Yorkshire, hiver 1911. Sharston, un asile d’aliénés, des bâtiments magnifiques entourés de champs, une structure vivant en complète autarcie. Et dans ce cadre désuet, une immense salle de bal, somptueuse et anachronique. Les pensionnaires y dansent la valse tous les vendredis, au son d’un orchestre dirigé par le Dr Fuller. Ella, internée après avoir brisé une vitre, y rencontre John l’Irlandais mélancolique. Quelques regards, lettres échangées, et la passion allume le feu de la liberté.

1911, c’est également le moment où l’eugénisme cristallise des prises de position radicales. Stériliser les personnes mentalement plus faibles fait donc partie du débat. Séduit par cette idée, le Dr Fuller reste néanmoins persuadé qu’il existe une autre voie, celle de la guérison.

La salle de bal, c’est un peu Primo Levi et Steinbeck qui auraient été boire un verre ensemble. Anna Hope s’attache à dépeindre les mécanismes de traitements psychiatriques mis en place à cette époque avec minutie et précision. Donnant la parole aux bonnes intentions du Dr Fuller, elle rejoint Primo Levi dans ses descriptions sans manichéisme.

Et lorsqu’Ella ou John font entendre leur voix, le paradoxe s’installe. Et si la folie était au dehors des murs de Sharston? Et si les sains d’esprit étaient enfermés sous la responsabilité des plus fous? Et finalement, qu’est ce que la folie? Comment en distinguer les formes acceptables? Briser une vitre dans un acte de rebellion et d’épuisement est-il plus insensé que de croire en la stérilisation des plus faibles pour la préservation de l’Homme?

Au fil des pages magnifiquement écrites par Anna Hope, on en vient à se rendre compte qu’il ne s’agit pas de guérir, mais bien de survivre à la folie de ceux qui vous ont déclaré fou.

Mais maintenant qu’elle était là, dans toute sa personne vivante, il se rendit compte que les mots avaient disparu. Ils s’étaient enfuis de sa gorge pour s’installer dans celle des oiseaux, se suspendre aux branches des arbres à l’écoute, rejoindre la mer, qui fracassait ses brisants au bord de la pensée.

De paradoxe, il en est encore question lorsqu’il faut choisir : sauver sa propre vie, ou rester fidèle à la parole donnée? Survivre pour aimer, ou mourir pour être aimé ? Quel est le prix de la rédemption?

D’une violence chirurgicale, l’écriture d’Anna Hope convoque tous les démons des grands esprits s’engouffrant dans les chemins tortueux  de l’eugénisme. Et nous entraîne dans une réflexion profonde sur la morale et l’éthique, sur la fin et les moyens.

Du grand art, une lecture hypnotique, un romand e la rentrée littéraire à ne pas rater !

La salle de bal – Anna Hope – Gallimard – 382 pages

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