Une constellation de phénomènes vitaux, d’Anthony Marra

Attirée par ce magnifique titre, j’ai plongé sur le bouquin dès sa sortie en poche. Il faisait en effet partie de ma liste de lectures depuis longtemps! Je vous la partagerai dans un prochain post, promis !

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos personnages déchirés dans un petit village de Tchétchénie, en 2004. Ravagé par la guerre, tourmenté par la délation et bientôt vidé de ses habitants, le hameau devient fantôme. Mais au coeur de ces sombres jours s’éveille une lumière fragile et folle, celle de la bienveillance et de l’espoir. Akhmed, médecin incompétent du village, prend Havaa sous son aile. Fillette de 8 ans, elle a vu son père emmené par les soldats. Ensemble, ils s’en remettent à Sonja, chirurgienne de haut vol à deux doigts du crash mental.

jordy-meow-4843

Photo by Jordy Meow on Unsplash

Ces trois-là vont vivre ensemble, durant quelques jours, la cristallisation de ce qu’est l’espoir en tant de guerre. Amour filial, passion, fusion des corps pour déjouer la mort, abnégation de sa propre vie pour préserver celle de l’enfant.

Oscillant entre passé et présent, Anthony Marra construit ses personnages d’une façon remarquable, leur donnant corps et vie, éléments centraux d’une tragédie grecque sous Staline.

Un roman sublime, magistral, sans pathos. Une écriture ferme et poétique, soutenant sans faille la dureté du scénario.

L’air était pur. Ses mains noires de crasse. Une bouffée de fierté l’envahit, sauvage, immense. Elle pensait que le bonheur était une absence – absence de peur, absence de souffrance, de chagrin – , pourtant, ici, le bonheur rugissait en elle comme un animal, aussi lourd et palpable que la tristesse. Havaa regarda ses doigts et aima ce qu’elle vit. Ces mains avaient transporté l’épouvantail sur trois kilomètres de champs, de route et de forêt, sans passer sur une seule mine. Ces mains avaient sauvé Akim une seconde fois.

Etant peu familière du conflit tchétchène, ce roman m’a permis de prendre la mesure de ce qui est enduré, tant par les écrasés que par les vainqueurs, pour autant qu’il y en aie.

La construction du roman en elle-même ressemble à un tableau pointilliste. Chaque chapitre construit à petite touche l’histoire des personnages, leur vécu.  Pour finalement nous livrer une vision globale de cette constellation  de phénomènes vitaux sans parti pris ni manichéisme.

A lire sans hésiter, pour tenter de mieux ressentir et comprendre, peut-être, les errances de la guerre.

Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra, Livre de Poche, 546 pages

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s